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Technique de permaculture sans labour

Les insectes, mieux que les tracteurs ! 8 raisons de ne plus labourer

C’est pour une bonne raison que la Permaculture (un système agro-écologique efficace et éthique) renonce au labour. Dans un sol en forme, plein de vie, des milliards d’insectes, de micro-organismes de différentes familles et règnes, dont des champignons, font fonctionner une système fascinant : le sol. En matière d’agriculture nous vivons une époque à la fois terrible et magnifique. D’une part, l’agriculture industrielle détruit ses sols tout en polluant l’eau et les terres. D’autre part, les agronomes et agrologues en savent de plus en plus sur ce qui se passe dans le sol.

De la page blanche où on fait pousser n’importe quoi à coup de fertilisants, de labour de plus en plus profond, de pesticides et de fongicides, on passera à la connaissance et à la coopération avec la vie du sol. Pour tirer le meilleur de sa terre, il ne faut pas plus d’armes chimiques et de machines pour la forcer à donner, il faut l’observer et utiliser ses potentiels et ses richesses avec respect et intelligence. Avec une petite touche d’amour aussi, ça ne fera que du bien.

Le labour a une longue histoire derrière lui et a peut-être des utilités. Si vous l’utilisez, sachez concrètement pourquoi. Il existe également des alternatives au labour, tel que le semis dans des sillons.

Voici quelques effets du labour et raisons de changer nos pratiques :

1 – Ce n’est pas parce que nos ancêtres l’on fait que nous devons continuer

Le fait de labourer la terre est tout un symbole. Celui du travail du sol, celui de la réussite du paysan qui a donné sa force, ou s’est acheté un gros tracteur, pour produire à manger de la terre.

Pourtant, cette tradition s’est perpétuée sans connaître le fonctionnement de la fertilité du sol. Ce n’est que récemment que l’on comprend l’étendue des richesses et le système du sol. Labourer fonctionne, en apparence, à l’œil nu, mais échoue au microscope. Avant de prendre nos loupes, un des signes que l’on peut observer de l’extérieur c’est qu’il faut toujours labourer plus profond. Il y a donc un problème quelque part.

2 – Les micro-organismes du sol « labourent » déjà.

Vous avez déjà remarqué que dans la forêt, ou dans des prairies sauvages, il y a plein de plantes et pourtant « personne » ne laboure ? Qui rend donc le sol fertile ?

Travaillant en collaboration nuit et jour, les micro-organismes et insectes du sol créent des galeries qui aèrent la terre et qui permettent à l’eau de s’infiltrer et de se conserver. Ils transforment et transportent également les nutriments, vitamines et minéraux notamment, qui nourriront les plantes et ceux qui les mangeront : nous. Grâce à la vie micro-biologique du sol, les plantes que nous cultivons nous nourrissent mieux, directement ou indirectement à travers l’élevage d’animaux que nous mangeons ensuite.

3 – Labourer tue la vie micro-biologique du sol

Si on mesure le nombre d’organismes vivants dans un sol qui vient d’être labouré, on constate qu’il y a moins de vie que dans un sol non labouré depuis plusieurs années. En effet, à chaque labour, beaucoup d’organismes meurent, avec le temps, la vie peut se multiplier à nouveau. On peut considérer qu’un labour est un peu une remise à zéro du sol, puis peu à peu, celui-ci se restaure (s’il n’est pas bousculé à nouveau).

Pourquoi le labour a cet effet ? Voici quelques raisons.

  • Les insectes et les micro-organismes vivent en harmonie ou en symbiose avec les racines dont ils se nourrissent, lorsque l’on arrache les racines en labourant, on perd de nombreux organismes qui font la fertilité du sol (voir également l’article sur pourquoi ne pas désherber (en construction)).
  • Certaines insectes ou micro-organismes sont spécialisés pour vivre dans une certaine couche du sol ou à l’extérieur. En retournant la terre, ils se retrouvent au mauvais endroit et meurent par manque d’oxygène, par dessèchement au soleil, etc. De plus la couche de humus, la plus fertile et qui se trouve à la surface du sol, se retrouve en dessous à cause de la forme des socs (des sortes de lames) de labour.
  • Si on se met à leur place, on peut voir le labour comme un grand tremblement de terre qui détruit le lieu de vie des micro-organismes et des insectes. Sans connaître tous les détails (on a encore beaucoup à découvrir), on peut imaginer que survivre soit difficile.

4 – Labourer rend dépendant

Comme la vie micro-biologique est réduite, les services de micro aération, de galeries permettant à l’eau de s’infiltrer, de transport des nutriments, et autres, ne sont plus assurés. Il faut donc acheter et épandre des fertilisants, et labourer encore pour aérer le sol. Comme le sol est plus pauvre (surtout en cas de monoculture), les plantes sont plus faibles et sont plus vulnérables aux attaques (car en temps normal les plantes se défendent). On les protégera donc avec des pesticides (causant également une dépendance car les prédateurs des parasites qu’on veut chasser, tels que les oiseaux, ne reviendront plus nous aider).

On commence à se battre contre un sol qui produit de moins en moins et on finit par vraiment croire que c’est nous, les humains, qui faisons pousser les plantes. Pourtant, le sol et la nature donnent des tonnes de plantes sauvages comestibles, et des légumes et graines cultivées quand on agit en douceur.

5- Labourer pollue

En plus des fertilisants (NPK notamment) et des pesticides qu’on combine au labour et qui polluent l’eau et les sols, le fait de labourer consomme des énergies fossiles et libère du CO2.

La construction des machines a aussi un impact écologique.

6 – Le labour participe à l’érosion des sols

Le labour, laissant la terre à nu, déstructurant le sol et le travail des racines qui le maintiennent en place, devenant moins perméable à l’eau, il se dessèche et s’envole plus facilement.

7 – Le labour participe à l’augmentation des inondations

Dans l’introduction de leur livre (voir plus bas), Claude et Lydia Bourguignon expliquent qu’il y a à notre époque moins de pluies en France et davantage d’inondations. Comment cela peut-être possible ? En perdant leur vitalité, et a cause du labour et du compactage du sol, le poids des machines aidant, le sol devient moins perméable à l’eau, qui au lieu d’entrer dans le sol, ruisselle à la surface et s’accumule. L’infiltration de l’eau est plus lente que la chute de pluie, il y a donc une inondation.

Une autre raison importante est le bétonnage des sols. Il y a donc moins de surface pour absorber l’eau de pluie, et l’eau, au lieu de descendre dans la nappe phréatique, une réserve d’eau importante, ruisselle jusqu’aux ruisseaux et aux rivières (et jusqu’à la mer). Ce sont des milliards d’eau douce qui sont perdus pour l’agriculture. Afin de conserver l’eau du sol, il est également important de garder une couverture sur le sol. Plus d’infos à ce sujet dans l’article : ne pas laisser le sol nu, les bienfaits du mulch (en construction).

8 – Labourer c’est fatiguant (pour nous et pour la terre)

Si vous labourez à la pelle, évidemment, et c’est le cas des petits jardiniers et des pays plus « pauvres ». Pour moi, quand quelque chose est fatiguant, c’est qu’il y a un problème quelque part. Je ne parle pas de la fatigue du travail bien fait, de la satisfaction de s’être donné pour une tâche et de se reposer ensuite de cette fatigue paisible. Je parle d’une fatigue plus répétitive, de fatigue sans joie, d’une fatigue d’aller un peu contre les forces naturelles, ou a la dynamique d’une situation, un peu comme nager pour remonter une rivière à contre courant, au lieu de marcher à coté pour la remonter.

La fatigue est un symptôme de plein de choses, parfois, il peut s’agir d’une inefficacité, d’une inadéquation, peut-être que l’on devrait faire autre chose? Ou le faire autrement ?

Dans toutes les situations de la vie, la fatigue invite à faire une pause pour se reposer ou pour réfléchir : fatigue visuelle devant un écran, fatigue mentale dans un travail, fatigue le soir à l’heure de dormir, fatigue d’une relation qui ne va pas, fatigue dans une performance physique.

Certaines fatigues sont plus simples à comprendre que d’autres. Certaines invitent au repos d’autres au changement. Évidemment, on peut construire une machine pour continuer l’action fatigante sans en percevoir symptômes, on peut se forcer à rester réveillé avec un café, on peut continuer à courir avec des stéroïdes, on peut prendre des anti douleurs, des anti-dépresseurs, et continuer dans la même direction. Seulement, la fatigue sera toujours présente, et si l’agriculteur a triomphé du sol en devenant plus fort avec ses outils, c’est le sol qui finit par se fatiguer…

Plutôt que de (se) forcer, nous pouvons coopérer et observer la terre pour produire en harmonie.

D’autres techniques existent, d’autres sont à inventer, et une forme de labour plus douce se développe, grâce à notre plus grande connaissance du sol et de la nature. L’agriculture industrielle consomme davantage d’énergie que ce qu’elle produit, le futur c’est de créer nos aliments de manière efficace et éthique, réfléchie, respectueuse et heureuse.

Ouvrage de référence : Le sol la terre et les champs, de Claude et Lydia Bourguignon.

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